Mardi 1er avril 2025

Posted By: Gabriel Feret In: Journal d'un libraire On: mardi, avril 1, 2025 Hit: 6
Un vent glaçant a soufflé tout le jour sur la plaine ensoleillée, comme s’il chassait la chaleur des coeurs, balayait les espoirs. Pourtant, au dehors, alors que je regarde par la fenêtre, le paysage paraît doux et doré, avec les fortysias dans leur gloire, les magnolias et prunus, encore beaux, malgré le déclin de leur floraison. Et le souffle froid emporte les branches, les fleurs, siffle sous les tuiles du toit, fait grincer la charpente métallique. La tête rentrée dans mon col, quand je me baladais avec M tout à l’heure, les grands marronniers hululaient à notre passage. Ou nous hélaient pour nous apprendre une mauvaise nouvelle, comme quand un jour parfait en est assombri. Comme tous les matins, je me lève, règle la corvée de colis, m’acquitte rapidement de celle de saisie. Il faut bien continuer à vivre. Je lis ensuite quelques pages de Grothendieck, dont j’achève le volumineux Récoltes et Semailles. Le livre, hors norme, par sa taille, son caractère inclassable me laisse aussi sec que les arbres, le hêtre du jardin par exemple, qui ne s’est pas encore éveillé au printemps, comme épuisé après une longue course. Il me tarde de lire d’autres livres, parce qu’il faut bien continuer à apprendre, ou à se raconter des histoires. Même si le monde est aussi beau qu’un jour de printemps, traversé par un vent glacial. Je dîne. Je reçois un message de l’autre côté des montagnes. Elle se dit heureuse de l’envoi de mon cadeau, mais la tasse contenue dans le paquet est arrivée ébréchée. Je descends au sous-sol terminer le rangement de l’atelier. 
Bien que j’ai été formé par un fort esprit rationnel, il m’arrive de voir des présages. J’y place toute ma sensibilité et il se trouve que je sens plutôt bien dans quel sens tourne le vent. Mais un beau jour de printemps abattu par l’hiver, tout repère se fausse et je comprends les provençaux qui disent que le mistral rend fou - un jour comme ça, on ne sait foutrement rien.