Vendredi 8 novembre

Posted By: Gabriel Feret In: Journal d'un libraire On: vendredi, novembre 8, 2024 Hit: 68
Je me réveille avec M pour la dernière fois de la semaine, presque deux qu’elle accompagnait mes journées. J l’emmènera dans l’après-midi, après un bon moment passé ensemble à C, un déjeuner dans « notre » restaurant de sushis, un passage aux puces où j’ai récupéré un livre pour FA et une visite à l’hôpital, où T avait subi hier une opération bénigne. Avant cela, je suis allé chercher le reste de mes livres à la foire de B. Les résultats se révèlent un peu meilleurs que l’année dernière pour moi. J’avais choisi d’envoyer à la foire des livres plus nombreux mais moins chers. Il me semble toutefois que je devrais revoir ma stratégie pour l’an prochain, c’est-à-dire mieux choisir les titres (encore mieux). Mais j'ai tout de même vendu cette année près de 1000 livres cette fois, ce qui me laisse satisfait, malgré les demandes d’amélioration des organisateurs. Avant le départ de J et de M, nous bavardons autour d’un thé et d’un café tardif pour moi, que je risque de regretter cette nuit. Quelques pas encore dans le quartier, ensemble. M se montre joyeuse avant de disparaitre au coin de la rue, les pattes posées sur le rebord du siège, à me guetter. Le grand silence suinte des murs de la maison, sans les sons de sa respiration, le cliquetis de ses griffes sur le parquet, ses jappements épisodiques, lorsque le voisin rentre sa voiture au garage. J’ai parlé de Grothendieck à J, elle m’a répondu en se décrivant comme être des perceptions, ces dernières occupant l’espace de sa vie. Sa perspicacité m’a ému, l’acceptation de sa personne. J m’a parfois épaté par des éclairs lucides, mais ce constat ne tombait cette fois pas comme la foudre, il se déposait devant nous, serein et doux, du genre à nous rassurer à propos de notre nature et de ce que nous avons appris, aussi, depuis quinze ans que nous nous connaissons. 
Mardi, XH est venu déjeuner avec moi. Nous sommes ensuite allés marcher sur la colline sèche avec M.
Mercredi matin, je suis monté à S pour en revenir en fin d’après-midi avec des éditions originales d’Erckmann-Chatrian, dont certaines, rares. J’avais également déniché une édition originale de Balzac, plus courante, et de beaux livres très bien reliés. 
Hier, jeudi, à part la visite à KB, rien à signaler. 
Dans le soir muet, je décharge les 47 caisses ramenées de B. Le temps file si bien que, quand j’ai terminé d’emballer mes colis, la faim m’indique qu’il est déjà tard. Un client m’appelle encore. Je dîne en regardant un très bon sketch de Roman Frayssinet. La fatigue m’envahit, aidée par trois jours d’une sorte de grippe, peu virulente, mais suffisamment pour m’éteindre un peu. Je vis peut-être les moments les plus apaisés de ma vie, il m’arrive même de constater, rarement, quelques moments de bonheur.